Quand on parle d'une économie aussi importante que le secteur automobile européen, il faut rester prudent. Les constructeurs européens ont tendance à entamer de concert le chant du cygne pour intimider les pouvoirs publics. Ces derniers peuvent parfois se laisser aller au sens du vent avec une confusion entre le réel et le monde imaginaire des "y'a qu'à, faut qu'on". Il est difficile pour le commun des automobilistes de savoir ce qui est vrai ou pas, ce qui est possible, ce qui est souhaitable... Il faut en plus prendre en compte le reste du monde, notamment la Chine qui elle, par contre, est bien ancrée dans le monde réel avec un objectif : dominer le marché mondial de l'automobile électrique. Nos constructeurs européens se retrouvent coincés entre le marteau et l'enclume avec la nécessité de faire du profit, qui reste tout de même l’objectif louable de toute entreprise commerciale. Pour cette rentrée 2024, nous allons voir que la convergence de signaux négatifs est en train de semer la panique. Est-ce que cette dernière est surjouée pour infléchir la politique européenne et la date butoir de 2035 ? C'est toute la question à laquelle nous allons essayer de répondre.
Des amendes record pour les constructeurs européens
Certains se diront que notre Union européenne est parfois sa meilleure ennemie quand elle part bille en tête en mettant la charrue avant les bœufs. Pour encourager les constructeurs européens à réduire drastiquement leurs émissions de carbone, l'UE a prévu dès 2025 de mettre des amendes qui, selon le PDG de Renault et, accessoirement Président de l'Association des Constructeurs Européens, Luca de Meo, pourrait tout simplement remettre en question la survie des constructeurs du Vieux Continent.
En effet, la chute des ventes des voitures électriques n'a pas du tout été prise en compte par l'Ue qui imaginait sans doute que la transition allait se faire d'elle-même avec la bienveillance des automobilistes européens. Finalement, l'objectif de 15 % de baisse des émissions carbone exigé en 2025 semble irréalisable avec des ventes aussi décevantes. 15 % de baisse en 4 ans - la baisse sera calculée à partir des chiffres de 2021 - est un objectif colossal inatteignable avec un marché du VE en plein ralentissement. L'UE qui sait mener aussi bien le bâton que la carotte a prévu des amendes pour ceux qui ne parviendront pas à ces objectifs. Luca de Meo, qui est dans son rôle, annonce que les constructeurs européens pourraient payer 15 milliards d'euros d'amende en 2025 si les ventes de voitures électriques restaient bloquées au niveau des deux premiers trimestres de 2024.
Une baisse de 30 % la production ?
Les constructeurs européens ont déjà dû baisser leur production de 30 % et pourraient bien continuer pour faire face à des exigences qu'ils jugent intenables. Là encore, nous sommes dans un jeu de dupe où les exagérations permettent de mettre en lumière des inquiétudes. Pourtant, il est indéniable que les constructeurs ont dû freiner leur production en Europe avec des fermetures d'usine, du chômage technique,etc. Le phénomène n'est pas intra-européen ; Tesla a licencié 10 % de ses effectifs.
Les constructeurs européens peuvent aussi utiliser cette menace de sanctions pour expliquer une baisse de la voilure que ce soit auprès des syndicats ou des pouvoirs publics. L'ampleur du marché de l'automobile en Europe, son histoire et son importance, que ce soit en micro ou en macroéconomie, fait que c'est un véritable jeu d'échecs où chacun veut tirer son épingle du jeu.
VE : les mauvaises nouvelles se cumulent
L'euphorie d'un marché en pleine expansion dans sa première décennie semble avoir connu son pic en 2022 avant un ralentissement puis une baisse sensible en 2023 et 2024. La voiture électrique souffre du passage d'un produit de niche à la nécessité de séduire et de conquérir le grand public avec un véritable problème de prix. Tesla, avec son positionnement "luxe " et son image de précurseur, peut vendre à des prix élevés. Quand on est un constructeur grand public et que l'on doit vendre un VE à ses clients qui n'ont pas le budget ou l'envie de mettre une somme conséquente dans une voiture, on doit compter sur d'autres arguments de vente que "l'électrique, c'est tendance et c'est écolo".
Entre faire le tour d'une ville en Tesla et vivre en périphérie, ou à la campagne, avec une utilisation fréquente et quotidienne indispensable, c'est un usage tout à fait différent. La praticité devient un argument de taille qui vient supplanter l'argument écologique qui ne fait pas vraiment l'unanimité.
En créant un doute, par ailleurs légitime, sur le coût environnemental de la production d'un VE, les automobilistes ne rêvent plus en électrique pour sauver le monde du désastre climatique. L'argument ne fait plus florès. Par contre, l'autonomie, la recharge et l'usage au quotidien sont vraiment les priorités des clients qui finalement veulent une voiture électrique aussi efficiente que la thermique. Ce n'est pas de chance, pour eux, mais le prix des carburants est redescendu à des niveaux acceptables quand le coût de la recharge aux bornes est montré du doigt par des associations de consommateurs. Les temps sont durs pour la voiture électrique avec une image dégradée et une communication des constructeurs qui semble bien molle. On peut rajouter à ce tableau, la baisse des aides écologiques qui vient plomber la demande qui sort d'une zone de turbulence inflationniste.
Clairement, les inquiétudes de Lucas de Meo sont justifiées avec un marché en berne, mais les arguments mis en avant, comme la crainte des sanctions, semblent toutefois très politique. On voit ma l'Union européenne mettre en péril ses constructeurs avec des amendes prohibitives. L'Allemagne, l'Italie et la France vont clairement s’opposer à cette éventualité. Le coup de pression, encore une fois, tout à fait légitime, peut aussi être une façon de rappeler que les aides à la transition sont indispensables pour le respect et le maintien des objectifs. Dans une autre mesure, l'investissement limité des constructeurs et le recours à la production et à l'assemblage en Chine est aussi une problématique qui semble insoluble : 80 % ds batteries sont produites en Chine.